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Cas unique dans
l'histoire des castrats, dont la plupart étaient issus de familles pauvres, le
jeune Carlo était le fils d'un gentilhomme issu de la
noblesse de
robe.
Salvatore Broschi, son père, était à ce point passionné de musique
qu'il décida que ses deux fils en feraient leur profession;
l'aîné, Riccardo, comme compositeur, et le cadet, Carlo, comme chanteur.
On peut donc penser que c'est lui qui prit la décision de faire
subir vers l'âge de neuf ou dix ans à son plus jeune fils la
castration
qui devait lui
permettre de conserver sa voix de soprano, laquelle était déjà
exceptionnelle.
Carlo suivit dès
lors à Naples une formation dispensée par Nicola Porpora, qui développa chez son élève
une prodigieuse voix de soprano. Précoce et virtuose, le jeune artiste débuta à
l'âge de quinze ans, en 1720, lors d'une soirée donnée à Naples en
l'honneur de l'empereur d'Autriche, au cours de laquelle il
interpréta l'un des rôles titres de la cantate de Porpora
Angelica e Medoro. Il y obtint le plus vif succès, et y
fit la connaissance de Pietro Metastasio, auteur débutant de sept ans son aîné, et
qui allait devenir l'un des plus grands librettistes de l'opéra
seria ainsi que le poète officiel de la cour de Vienne. Il se
produisit par la suite à Rome, Vienne, en 1724, à Venise, à Naples, à Milan, en
1726, à Rome, à Bologne, où il rivalisa avec le grand
castrat
Antonio
Bernacchi, dont les conseils lui furent très profitables, à une
époque où la technique vocale faisait l'objet de secrets
jalousement gardés. L'empereur d'Allemagne Charles VI, lui-même musicien, devait
également conseiller le jeune chanteur venu se produire à Vienne,
l'encourageant à plus de simplicité.
Dans la première
partie de sa carrière, Carlo Broschi était en effet surtout réputé
pour l'étendue prodigieuse de sa voix (elle couvrait les registres
d'alto et de soprano) ainsi que pour sa technique virtuose, apprise
de Porpora et servie par un souffle exceptionnel. Il chantait pour
surprendre, ce qui l'amenait parfois à abuser de toutes les
virtuosités d'exécution propres au chant de l'époque, sacrifiant
par-là même l'émotion.
Loin de prendre
ombrage des remarques de l'empereur, Farinelli se remit à l'ouvrage
et développa dès lors l'expressivité qui devait contribuer à faire
de lui un mythe. Il excellait aussi bien dans le registre léger que
dans le registre pathétique, ce qui compensait son jeu de scène peu
développé. Son chant eut une influence certaine sur le style des
œuvres composées en ce temps-là. À ses qualités artistiques,
Farinelli joignait des qualités humaines. Affable et modeste malgré
sa renommée et son talent, d'une parfaite éducation, il sut se
gagner l'affection du public et la sympathie des grands.
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